Nous aurions dit que la situation était inacceptable,Que des pans entiers de la société basculaient dans la fragmentation,
L’anéantissement, l’ensablement et du repli frileux,
La bouc-émission généralisée,
Que l’heure plus que jamais était au naufrage,
Nous aurions dit que nous étions tous en proie
A la sauvagerie dévorante,
Les jeunes, les femmes, les vieux, les pauvres
Je tés dans la tourmente du désordre planétaire,
Disloquant jusqu’à l’intimité de nos corps,
Réduits au capital modifiable de la chair,
Nous aurions dit sous les pavés du linceul, la plage génétique
Déterrée par les détectives-cannibales de la filiation,
Nous aurions dit, ô combien ! , la perte de sens,
Le sens des repères, le sens de notre devenir historique,
Nous aurions dit le fantasme permanent du virtuel,
Plus évident que nature,
Plus vrai que nature, plus vrai que culture,
Leur virtuel incarné dans le direct interactif du temps réel,
Nous aurions dit le sens perdu de l’humanisme,
Un mot aujourd’hui à peine prononçable,
Réservé, sous les préaux, aux naïfs et aux angéliques,
Nous aurions dit l’impossibilité de trouver où accoster,
Dans une telle tempête, nous aurions dit pourtant aux grands NON
Les grands remèdes, nous aurions dit, en ces temps de richesse,
Que le FMI nous affamait, que l’ordre du monde ne finissait jamais ses phrases,
Nous aurions dit que la mondialisation dont le désastre se rengorge
Désigne en fait l’absolu désoeuvrement,
La victoire du prédateur sur sa proie,
Nous aurions dit que nous ne pouvions plus les croire
Ni leur faire confiance,
Impossible de leur prêter quelque espoir que ce soit,
Fini, fini,
Nous aurions dit que nous ne voulions pas/plus des droites
Ni de cette gauche fût-elle accordée à ce pluriel
Qui ne fait qu’un peu plus la dissoudre
Dans la gestion hasardeuse des points d’équilibre
Supposés traîtreusement satisfaite l’apathie de l’opinion publique,
Nous aurions dit malgré tout, mais de moins en moins,
Que le monde était lisible,
-pour preuve, notre lucidité si peu partagée-
[…]
Nous aurions dit, à longueur de nuits blanches, notre désir du grand soir,
Disant en cela le désir que s’élève à nouveau l’astre du premier matin,
Que se rejoue l’esprit inoublié du commencement,
[…]
Nous aurions dit ne pas reculer – ou ne pas avancer –
Vers le gouffre de la feinte inacceptable de la promptitude à acquiescer,
[…]
Nous aurions omis de dire
Que tout cela ne se jouait pas seulement
En termes d’échec ou de perte,
Nous aurions dit tout cela pour…
Rien ?
Jean-François Lemoine – Préface de Méli-mélo de L Schvartz – 1999 et toujours d’actualité !
Tableau - Delacroix
1 commentaire:
Ce texte est bien sombre, mais réaliste.
Comment, après cette lecture, parler du beau, du bien et de la fraternité ?
Enregistrer un commentaire