mercredi 9 août 2006

Jacqueline - des femmes silencieuses...


C'est au XIIème siècle, grâce aux bons offices du Seigneur de Dinan et de sa Dame, Agnorée de Penthiève, que l'abbaye de Boquen fut construite à Plénée Jugon dans les côtes d'Armor. Ils furent douze moines au départ, puis leur nombre alla croissant durant les deux siècles qui suivirent, jusqu'à former une communauté de cent moines et cent convers, ces derniers étant chargés de l'agriculture et des animaux. Ce lieu de prière continuelle et de solitude fut aussi un lieu de rayonnement pour l'étude, la philosophie et l'exégèse. Hélas, la Réforme dévoya la règle monastique et la Révolution écrasa définitivement l'édifice, dont les pierres servirent tout bonnement aux habitants pour consolider leurs maisons ou rempierrer les chemins...

C'est grâce à l'intervention courageuse d'Alexis Press, né en 1883, qui devint quelques années plus tard Dom Alexis, Prieur de Boquen, que les ruines furent relevées au début du vingtième siècle. La structure architecturale du monastère devint la suivante :
- Le cloître de la maison d'en-haut, lieu de stricte solitude et coeur de l'abbaye. Là sont regroupés des ermitages de solitude où, loin de tout regard, les cirsterciens puis les moniales vécurent et vivent dans la prière et l'adoration. C'est dans son hermitage que la moniale assure aujourd'hui une part du gagne-pain de la communauté,
- Le coenobium ou "petit cloître" ou se déroule la vie de la communauté., qui inclut l'église, le réfectoire, le chapitre et la bibliothèque,
- La maison d'en-bas, qui regroupent quelques ermitages pour les hôtes de passage et ceux qui font une retraite.

Appelées à veiller durant la nuit, les moniales se lèvent avant l'aurore et se rassemblent pour célébrer les matines, les laudes et l'eucharistie.
Toutes les soeurs accomplissent leur travail en solitude, certaines dans l'atelier de leur ermitage, d'autres dans le monastère.
Le samedi, la communauté se réunit au chapitre et le dimanche, un repas communautaire, une longue marche et une rencontre évangélique se déroulent dans un esprit de fraternelle communion. Le lundi est une "journée de désert" vécue en totale solitude. Ce jour-là, seule l'eucharistie réunit la communauté à l'église du monastère.

Quelles sont les étapes proposées à chaque personne désireuse de s'engager sur ce chemin monistique ? La première étape est celle d'une expérience de vie en communauté. La prise d'habit ouvre l'étape du postulat, qui dure deux ans environ, puis un noviciat de deux ans succède au postulat. Après ces étapes, a lieu la première profession. Cinq ans plus tard, ce sera la profession perpétuelle ! Un cycle d'études bibliques, philosophiques, patristiques et théologiques complète la formation monistique dans les premières années de présence au monastère.

J'ai eu l'occasion hier d'interroger une soeur converse sur son engagement : "c'est l'amour de Dieu" qui lui a fait tout quitter. Evidemment, j'ai trouvé cela un peu court mais, par pudeur et respect, je n'ai pas voulu insister. Cette abbaye, nichée dans une forêt magnifique où court un joli ruisseau, est à visiter. C'est un lieu de paix et de recueillement. Quelques heures passées dans un cadre aussi pur et apaisant vous font oublier la turpidude de nos semblables, le fracas des bombes et nos petitesses... Nous sommes revenus chez nous directement, désireux de ne pas troubler notre paix intérieure par les clinquants touristiques. Je n'oublierai jamais l'image de ces femmes à la semelle silencieuse, tour à tour protesternées et debout dans le choeur de l'abbaye, pas plus que leurs voix cristalines... une merveille !

1 commentaire:

Jacqueline et Johann a dit…

voilà un article fort intéressant!
ce devait être un moment d'exeption...
Il aurai été sympa de voir d'autres photos avec l'article...