



L'automne, l'automne ! Il souffle comme une haleine de corruption délicate, un souffle qui sent l'écale de noix, la chataîgne, la mousse et la broussaille. Le raisin du jardin a tourné à l'agate transparente, et crève sa peau et se vide de sa richesse. Les arbres jaunissent, une aurore monte de la terre et les cieux se rayent de grands V migrateurs : canards, vols de grues, oies sauvages et longues chevelures d'hirondelles...
Les prunelles bleues ont disparu sur les haies et les rosiers donnent leurs dernières fleurs... Je dois à ce petit coin de terre enflammé par l'automne, d'aimer beaucoup la vie. Feux, ciels vineux, rouges et venteux, dernières floraisons écarlates et romantiques, grandes échappées de lumière, oui, l'automne est pain brûlé, il est l'achevé, le fort, le fragrant.
Comme lui, je rentre dans mon automne de femme, avec sérénité, je m'ensoleille et soupire, un peu mélancolique. Rien ne passe dans la vie comme la vie ! Mon automne, insidieusement couvé, tissé de bonheurs et de chagrins, mon automne est là, comme une illusion, une promesse imprudente de durée.
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